9 novembre 2008
Un dimanche riche et dense en émotions que seul un départ pour un tout premier Vendée Globe sait réserver. Après un départ du ponton où la sincérité de Yann Eliès n'a pas manqué de troubler les esprits, le skipper de Generali a rejoint l'arène nautique au large des Sables d'Olonne. Bien réglé en deuxième rideau de la flotte, un ris dans la grand voile et solent, il s'élance dans le sillage du tenant du titre PRB... Ce long bord bâbord amure doit le mener jusqu'au milieu du Golfe de Gascogne. En se renforçant, le vent doit ensuite tourner un peu au Nord et favoriser un premier virement de bord pour regarder plus franchement vers la pointe du cap Finisterre. Et bien plus loin encore, par-delà les trois grands caps (Bonne Espérance, Leeuwin et Horn) qui ponctueront son parcours initiatique en solitaire. A 13h02, Generali est bel et bien parti. Pour Yann, l'aventure sur fond d'âpre compétition démarrait de la plus belle et plus solennelle manière...

Directeur logistique du Team Generali, confident, ami de 20 ans, Erwan Steff est le bras droit de Yann Eliès. Tôt ce matin, il a démarré cette journée exceptionnelle par la préparation d'un gros de plat de pâte. Puis il a enfilé son ciré noir, et dans la grisaille du tout petit jour, il est allé à la barre de son semi-rigide, reconnaître le chenal des Sables et analyser l'humeur de la houle. Un peu plus tard, il observait l'arrivée à bord du grand monocoque Generali de son skipper d'ami. De nature enjouée, Steff est alors entré dans un drôle de mutisme étranglé d'émotion. Peu après 9 heures, alors que tous les équipiers sous la houlette de Philippe Laot larguaient les amarres, il s'est lentement dirigé vers Yann. Les regards des deux hommes se scellaient et leur étreinte disait très fort l'histoire qui les unit, la confiance, le soutien, l'amitié. Le coeur au bord des lèvres, Yann, entier et spontané laissait libre cours à une émotion contagieuse qui gagnait comme une onde de choc la nombreuse assistance des proches et des médias. Son grand stade l'attendait, figurer par la foule immense des vendéens massés de par et d'autre du kilomètre de jetées où Yann pouvait recueillir sa part de gloire.
Sans fausse pudeur
"Comme m'a dit Zidane, la sortie des passes sera mon entrée au Stade de France. Un truc que je n'ai jamais connu et que j'ai choisi de partager avec mon équipe, car je le leur dois.". Moment unique, communion forte et fugitive avec des milliers d'inconnus, Yann goûtait un plaisir rarement réservé aux navigateurs et que seul le Vendée Globe procure. L'adieu aux pontons, la séparation avec son équipe technique, n'étaient pourtant pas le premier coup au coeur de cette journée hors du temps. Au petit matin, il avait dans l'intimité étreint sa femme et ses deux enfants... "On a beaucoup pleuré.." précise t'il sans fausse pudeur, "à part Titouan", son fils de 6 ans, "qui fait toujours le guignol dans ces moments là." Au delà des passes battues par la houle, c'est le métier de marin qui reprenait vite le dessus. Le plan d'eau de la zone de départ défini devant Bourgenay, à trois milles au large et 6 milles dans le Sud des Sables d'Olonne bouillonnait encore du fort coup de vent des dernières 24 heures, et l'assistance sur l'eau mise en place par Erwan allait jusqu'au coup de canon libérateur être mise à contribution, pour protéger le voilier dans la zone d'évolution des bateaux spectateurs, puis dans la zone de départ. Prudent et organisé, Eliès tenait à avoir "quatre paires d'yeux à bord" pour bien contrôler l'espace autour du bateau. La forte houle rendant tout débarquement aléatoire, Philippe Laot, Jacques Caraès, Marc Engelbert et Richard Loncle s'étaient préparés à se jeter délibérément à l'eau juste avant les 4 minutes réglementaires d'avant départ à 12 heures 58, pour être plus facilement récupérer par les semi-rigides d'assistances... Yann Eliès, (enfin) seul à bord de Generali, entrait dans son premier Vendée Globe.
Un retour pour mon anniversaire
"La délivrance est proche! la montagne est devant nous et il n'y a plus qu'à la gravir. Le départ du port a été unique, difficile à gérer émotionnellement, avec les proches et avec tout ce public. Il faut être à la hauteur de l'événement et revenir ici, en 85 jours j'espère, pour arriver un 31 janvier, jour de mon anniversaire et de mes 35 ans. Avec un tel temps, la victoire ne sera pas loin... C'est un rêve et je vais tout faire pour le réaliser..." 13 heures 02, Aristote résonnait comme une évidence, "il y a deux sortes de gens, il y a les vivants, et ceux qui vont en mer... "En l'occurrence, trente solitaires lâchés par Sylvie Viant à l'heure prévue dans un vent orienté à l 'ouest pour une douzaine de nœuds…