Monocoque Générali

 

8 novembre 2008

Prudente euphorie

Insidieusement, et en l'espace de quelques heures, la physionomie joyeuse et festive du Village départ du Vendée Globe s'est empreint d'une gravité quelque peu déconcertante. Après trois semaines de célébrations, des marins, de leurs machines et de leurs partenaires, de sombres nuages sont venus de l'ouest obscurcir l'horizon et ternir l'humeur. Sur la grande plage des Sables d'Olonne, le grondement des flots furieux et bouillonnants se fait soudain plus insistant. Les regards étonnés se lèvent et contemplent incrédules, les pavillons qui claquent aux mâts avec virulence sous l'impact des coups de vent, rabattant furieusement capuches et parapluies.

Yann Eliès et Zinedine Zidane aux Sables d'Olonne

Pas de doute, novembre est là, et ce dimanche fatidique gravé comme au fer rouge depuis si longtemps dans la chair et les esprits de 30 navigateurs solitaires s'avance, précédé de pluie et du souffle puissant de l'Atlantique. A course de géants, conditions de géants ; du vent, fort, pile dans l'axe de la route des prétendants à la grande boucle planétaire, et de la mer, creusée, formée, inhospitalière, déjà. Défi planétaire il y a ? Dame Nature répond "présent"! C'est dans la brise, au près et face à la grosse houle du plateau de Rochebonne que les 30 audacieux entameront leur périple solitaire autour du globe.

Un golfe de Gascogne agressif
"Je crois que ce serait une erreur de partir avec un esprit trop conservateur..." L'oeil rivé aux fichiers "sape moral" de la météo annoncée pour le départ, Yann Eliès prend le temps de la réflexion et pèse ses mots. Certes, la transition entre l'univers protégé du marin à terre, le cocon fraternel, affectif et amical du cercle rapproché des intimes, et la brutalité d'un départ de course face au coup de vent sera terrible, méchante, violente.... Cette "agression", Eliès la connait. Il s'y est préparé et dispose en Generali d'une monture parfaitement adaptée à ces circonstances. Reste le contexte nouveau et imprévisible d'une course gigantesque, réunissant un plateau totalement inédit de 30 voiliers de 60 pieds, menés par la crème des coureurs océaniques. Quelle émulation! quelle tentation aussi, de se montrer au monde et aux médias à son avantage, de répondre du tac au tac aux attaques d'adversaires aussi armés et aussi préparés que soi! Bien décidé à livrer son propre combat, l'affable Eliès s'apprète à jouer les introvertis, seul dans sa bulle face à lui-même et à ce que sa lignée lui a légué de talent et d'instinct de la mer et de la course ; "J'ai pris des départs "au couteau" pendant des années en Figaro" souligne- t'il ; "La phase de départ ne me fait pas peur. J'ai la maîtrise de ma machine, et la maîtrise de la flotte. Mais il y a cependant le danger de l'euphorie, cette montée d'adrénaline qui fait les chiens fous. Il faudra garder son sang froid, et partir comme pour un entraînement à Port la Forêt. Prendre un bon départ est toujours excellent pour le moral car c'est souvent révélateur de son état de forme..."

A l'approche de l'heure H, Yann voit sa "garde rapprochée", femme, enfants, et les piliers du projet sportif Generali, Erwan Steff et Philippe Laot multiplier les petites attentions, manière à eux de clore la "bulle" mentale dans laquelle le skipper de Generali entre, tel un boxeur dans le couloir qui mène à l'arène. Il a entrouvert cet après-midi la porte de son huis clos, le temps d'un entretien amical avec un autre champion hors norme, grand habitué lui aussi des confrontations au plus haut niveau, le parrain de son bateau Zinedine Zidane...

Promesse tenue
Il le lui avait promis. Il a tenu sa parole. Zinedine Zidane, parrain du monocoque Generali, qui avait assisté à la construction du voilier et à son baptême à la Trinité sur Mer, est arrivé en milieu d'après midi aux Sables d'Olonne. Yann Eliès l'a accueilli à bord et les deux hommes ont pris le temps d'effectuer un petit tour d'horizon de l'intérieur du voilier à la veille du départ du Vendée Globe ;
"Yann m'a montré les principales modifications qu'il a réalisées sur le bateau depuis que nous avions navigué ensemble" explique simplement Zinedine Zidane. "J'ai compris qu'il l'avait beaucoup allégé. Il m'a aussi montré toute l'organisation du bord pour sa course. Je suis très impressionné de voir comment il va vivre et communiquer depuis ce petit réduit pendant trois mois." Très décontracté malgré l'imminence du départ, Yann Eliès a goûté à fond ce moment unique et privilégié ; "Je vis depuis trois ans un rêve éveillé et je profite au maximum de tout ce qui m'arrive. Cette rencontre avec Zizou en fait partie et je suis heureux d'avoir eu les petits instants d'amitié que j'attendais de cette rencontre. On a échangé sur nos expériences respectives. Il m'a dit que ce Vendée Globe était ma Coupe du Monde à moi, et qu'il fallait en profiter au maximum." Le Champion du Monde 1998 découvre l'univers de la course au large. "Je suis impressionné par tous ces bateaux et par ce public. Je suis arrivé par la mer en empruntant le chenal. J'ai trouvé tout cela très beau."




Articles précédents :

Programme

 

Dernière vidéo

 

Dernier son


Cartographie

 
 

contact - inscription à la newsletter - mentions légales   Flux RSS