21 mai 2008
Yann Eliès, dans le sillage des nouveaux leaders de la Transat Anglaise, Loïck Peyron (Gitana 80) et Armel le Cléach (Brit'Air) est entré en milieu de journée dans un nouveau morceau de bravoure typique de cette partie inhospitalière de l'Atlantique Nord. Une dépression très creuse (987 hpa) évolue dans le nord de la Nouvelle-Ecosse, créant en son sillage une forte inspiration de Sud Ouest qui balaie la zone d'évolution des monocoques.

Eliès prépare en conséquence son Generali, afin de courber l'échine sans casser lorsque les 35 à 40 noeuds de vent viendront le chahuter. L'heure est à la préservation d'un matériel durement éprouvé, comme en témoignent les récents abandons de ténors de la classe, Desjoyeaux, Josse et hier Vincent Riou. Eliès l'avait répété à l'envi ; pour gagner, il faut d'abord arriver. C'est le souci majeur du skipper Briochin aujourd'hui...
Boite à outils sur le pont
Car Generali n'est pas à l'abri de la casse, petite ou grande, mécanique. Pour l'heure, l'accumulation de problèmes plus ou moins bénins a monopolisé l'énergie et la concentration du navigateur ; "J'ai constaté une voie d'eau à l'étrave" raconte Yann d'une voix posée, "Rien de terrifiant mais j'ai accumulé beaucoup d'eau à l'avant depuis 3 jours qu'il a fallu évacuer. J'ai bien entendu colmaté l'entrée d'eau de telle sorte que je puisse encaisser la tempête à venir sereinement." Mais un nouveau souci vient de se déclarer qui va de nouveau mobiliser l'énergie du marin à un moment où le compétiteur aimerait se concentrer sur sa stratégie ; "La pompe de refroidissement du moteur vient de lâcher" avoue t'il. "La boite à outils est de sortie et il me faut réparer car je ne me vois pas naviguer trois jours sans moteur, donc sans énergie et sans informatique ni pilotes..."
Coup de tabac en cours
Yann n'a bien entendu pas perdu de vue la tempête qui se développe devant ses étraves et dont il sentait à la mi-journée gonfler la colère. "J'ai déjà 18 noeuds de vent, et j'en attends 30 ou 40. J'ai pris un premier ris dans la GV et suis toujours sous génois. Les prochaines 5 ou 6 heures vont être sportives. Il me faudra d'abord réduire à l'avant, et alterner une, voire deux voiles de brise selon l'angle de vent. Chacune de ces manoeuvres de changement de voiles à l'avant du bateau prend 20 à 30 minutes. Il me faudra ensuite prendre un second ris, nouvel exercice des plus physiques car il faut tirer sur la voile pour qu'elle descende le long du mât. Viendra ensuite l'exténuant travail de "matossage", placer et déplacer les lourdes voiles à l'intérieur, après avoir sécuriser tout le matériel, pour donner équilibre et inertie au bateau dans la brise." Efforts, concentrations, acrobatie... un labeur intense qui trouve cependant sa récompense quand le voilier ainsi gréé et toilé s'envole littéralement en de longs surfs débridés. Eliès s'en réjouit au delà de ses appréhensions naturelles de marins. "On est déjà à 18 noeuds. Ca mouille et cela s'annonce sportif !"
Podium à Boston ?
Déçu et attristé par la mésaventure de son copain Riou, Eliès, refusant toute hypocrisie et langue de bois, avoue aussi penser à ce podium qui lui tend désormais les bras ; "C'était mon objectif de départ. Je vais tout faire pour que cela devienne une réalité... " Et tout d'abord, traverser sans encombre le coup de vent en cours, un des plus sévères depuis le départ de Plymouth. Rien n'étant décidément jamais joué en voile avant le franchissement de la ligne d'arrivée, Eliès garde intact sa foi en un possible dernier rush final sous les côtes de Nouvelle-Angleterre...